Estelle Hanania 

Demoniac Babble 

Demoniac Babble

À propos de l'artiste

Diplômée de l'École des Beaux Arts de Paris, lauréate du Festival d'Hyères en 2006, Estelle Hanania a d'abord fréquenté la photographie dans la chambre noire de l'école, où elle y réalisait les tirages couleurs grands formats. S'en suivra une expérience de directrice artistique chez Ogilvy, avant qu'elle ne se lance complètement dans la photographie. Elle associe rapidement à son travail personnel des commandes pour la presse, y imprimant un style si poétique qu'épuré. Ses images, tantôt baignées d'une lumière chaude, ou enveloppées d'un voile bleu et hivernal, oscillent entre douceur et âpreté. Masques et déguisements sont des motifs récurrents de son iconographie, marionnettes ou hommes des champs, hésitant eux aussi entre figures affables et créatures inquiétantes.

Rencontre

Quel est ce curieux arbre à pommes ?
Une représentation fantasmée d'un objet de dévotion étrange dont j'ai lu l'histoire quelque part.
Cet objet est souvent appelé "l'arbre des âmes". Il s'agit d'une coutume funéraire. À une date précise en Normandie ou en Bretagne, on choisit une grande branche sur laquelle on pique artificiellement des pommes. L'arbre est ensuite placé dans une chapelle pendant une année, les pommes pourrissent alors lentement. Cet arbre peut être aussi placé sur les tombes le jour des morts.

Et cet homme des champs, cloches à la ceinture ?
Il s'agit d'un personnage échappé d'un "cortège" d'autres de ses semblables qui parcourent les montagnes d'un village suisse de l'Appenzell deux fois par an pendant les traditions rituelles d'hiver qui ont lieu dans toute l'Europe pendant le solstice d'hiver. Son costume fait de paille hirsute, de lourdes cloches bien sonores et d'un masque en papier mâché est censé effrayer. D'ailleurs le groupe auquel appartient cet individu s'appelle le groupe des "moches" en contradiction au groupe des "beaux" qui arpentent aussi les montagnes de façon moins brutale et plus raffinée. La tradition veut que ces groupes aillent de ferme en ferme chanter (car ce sont de grands chanteurs), demander à boire et faire fuir les mauvais esprits potentiellement cachés dans chaque ferme. L'origine de ces fêtes d'hiver remonte à la peur qu'éprouvaient les sociétés paysannes à l'arrivée de l'hiver, associée à ces mauvais esprits. Les hommes se déguisaient alors pour tenter de rivaliser et de communiquer avec ses esprits malins et les amadouer pour s'assurer un retour du printemps et de bonnes récoltes. Celui-ci me regarde certainement un peu alcoolisé déjà mais fier et poseur, l'espace de quelques secondes.

Vos images abordent souvent des traditions (de la communauté juive à Londres au théâtre de marionnettes japonais), des manifestations de la culture populaire, quelle ligne tracez-vous entre ces différents sujets ?
Les traditions en elles-mêmes m'intéressent pour leur théâtralité et la richesse de leurs détails insolites à mes yeux, moi qui n'ai jamais fait partie d'aucun groupe rituel, (une mère communiste ne vous pousse pas à aller à l'église ou chez les scouts ou à faire partie d'une quelconque confrérie.) Mais au-delà donc de l'aspect traditionnel, rituel des évènements que je photographie ce qui me poussent vers toutes ces "communautés" est plutôt une fascination pour le "groupe". La façon dont les gens s'unissent et créent des liens forts entres eux, liens qui régissent certains principes de leur vie. Parfois ponctuellement lors des traditions hivernales, parfois quotidiennement comme pour la communauté juive orthodoxe de Londres par exemple. Le théâtre également fonctionne en "troupe", je pense au travail que je mène depuis plusieurs années autour de la chorégraphe et marionnettiste Gisèle Vienne, encore une fois cette troupe de gens (constituée de danseurs, acteurs, musiciens et marionnettes) liés les uns aux autres de façon inconditionnelle m'attire. Sans parler des motifs que créent ses groupes, visuellement, un ordre et un chaos tout le temps renouvelé.


Que ce soit à travers la marionnette, le masque, le costume, ou même le tatouage, le corps se trouve souvent chez vous transformé, qu'est-ce qui vous attire dans ces formes de travestissement, de mutation ?
Le corps humain est en effet un sujet récurrent dans mon travail, sous toutes ses formes, déguisé, nu, peint, dupliqué, imité, inanimé, c'est une source infinie d'inspiration. Ce qui m'attire c'est tout simplement l'universalité de cette forme qu'est le corps et travailler à partir de cette "matière" me paraît une évidence. J'ai une sœur jumelle et, plus je vieillis, plus je réalise que mon travail sur le corps est peut-être lié à la gémellité. Deux êtres assez semblables qui grandissent ensemble, et s'observent, deux identités qui luttent pour être différentes, qui mutent au fil du temps, traversent des épisodes de vie différents mais qui malgré tout se ressemblent de plus en plus avec le fil du temps, étrangement. Peut-être que cette récurrence du corps dans mon travail est une sorte de recherche déterminée d'identité, pour l'unique et le particulier.

Édition limitée, numérotée et signée par l’artiste.

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Informations

& commande

Estelle Hanania 
Demoniac Babble

2007

Informations techniques

Tirage argento-numérique Lambda sur papier satiné - édition limitée, certificat numéroté et signé par l'artiste.

Dimensions

50 x 37 cm, Édition de 50 200.00 €
 
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Cadre chêne naturel avec rehausse, verre X





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