Gérard Rondeau 

Sarajevo 

Sarajevo

À propos de l'artiste

Gérard Rondeau est photographe. C’est avec la lumière, l’usage d’un léger flou, le cadre et le grain de la pellicule, qu’il modèle paysages et visages. Ses images par delà leur surface déploient un espace ample et mouvant, bruissant du murmure de l’histoire. Ce flou dans lequel les contours se perdent et les sensations émergent, est celui créé par les vibrations des voix du passé, celles des fantômes du Chemin des Dames, ou encore celles de ces hommes et femmes qui traversent le matin la vieille ville de Sarajevo en quête de provisions et qui résonnent dans cette nuit noire qu’affectionne Gérard Rondeau. Ce sont ces absences qui s’expriment dans l’espace photographique. Dans ces paysages, qui nous emmènent dans leur mouvement oscillatoire entre douceur du temps reposé et violence de la tragédie, c’est le génie du lieu qui circule. 

Rencontre

Vous avez réalisé au fil des ans un grand corpus d'images autour des traces de la guerre, des images ramenées d'Okinawa, du Chemin des Dames, de Bosnie, de Roumanie ou du Kosovo. Qu'est-ce qui vous a mené sur ces terres, l'une après l'autre ? Pressentiez-vous que ce sujet prendrait une telle ampleur dans votre œuvre ?
Je n'ai jamais eu de dessein, la seule chose que j'ai faite c'est de ne pas passer à côté de paysages, de pays et de gens. J'ai pris le temps, de me promener, sans savoir ce que j'allais chercher. Le corps de tous mes travaux c'est la quête, ces chemins qui ne mènent nulle part, ces routes qui s'arrêtent au bout du monde et où l'on n'a rien à trouver. C'est ce qui m'intéresse : qu'on n'ait jamais la réponse.
Et si parfois la démarche est plus explicitement engagée, comme c'était le cas pour mon voyage à Sarajevo, il n'y avait pas pour autant de dessein. Mon départ était la conséquence d'une révolte personnelle contre la position de la France et de l'Europe, qui laissait ce pays dans cet état de siège, à deux pas de chez nous. A partir de 1993 j'y suis allé régulièrement, poussé par ce sentiment de révolte qui préexistait à la photographie. Là-bas, je n'ai pas couru les routes habituelles, j’ai emprunté les chemins détournés. J'ai vu naturellement des horreurs, mais ma manière de « dire » est autre. Ce que j’ai cherché, c’était de parvenir à faire une image qui rende compte de cet état de siège.

Sur cette photographie de Sarajevo, tout semble étouffé.

C’est dans la vieille ville turque de Sarajevo, sur l'ancien marché. Cette photo est faite en janvier 1994, à un moment de bombardements intensifs. J’y allais tous les soirs, dans la nuit noire, je me promenais dans la ville morte, éteinte. L’état de siège se ressent très fortement mais est difficile à traduire en image. Il ne s’agit pas de photographier la destruction mais un sentiment, très palpable, d'enfermement. J’essaie alors de le dire autrement, par une image qui contienne cette sorte de violence sourde.

S'il y a engagement, l'image est-elle document ?

Toute image est document, mais l’engagement ne fait pas forcément de bonnes photographies. Dans mon film sur Paul Rebeyrolle, souvent décrit comme peintre engagé, je me suis surtout attaché au fait que c’était surtout un peintre, un très grand peintre.. . Dans mes photographies de Bosnie, comme dans celles que j’ai réalisées dans des lieux de barbarie pendant les quinze années où j’ai accompagné Médecins du Monde, il y a très peu de scènes de guerre ou de gestes humanitaires. Il y a des lieux, des silhouettes, des détails, des lumières. Ce qui me porte c'est le désir de faire une photographie : il y a presque une jouissance physique, quand on est seul face à un paysage, à composer une image mentale, et évidemment, ce désir existe aussi dans les lieux en souffrance, y compris dans une ville assiégée. Vous vous promenez seul la nuit, il ne se passe rien et l’on ressent une sorte d'exaltation, on est en phase avec les ombres, on a envie de voir la nuit, de la traduire, on est plus en contact avec les éléments et certainement aussi, avec la tragédie. Cette photographie que je cherche a toujours une composition qui se veut épurée, simplifiée, elle ne souhaite ni montrer, ni démontrer. Je préfère laisser entrevoir, imaginer.


Comment êtes-vous arrivé sur cette autre extrémité qu’est le Chemin des Dames ?

J'ai erré sur le Chemin des Dames, mais aussi en Argonne, Verdun, dans les Flandres, dans le Nord. J'avais l'habitude d'arpenter toutes ces terres mais cela a pris une autre dimension suite à la rencontre en 1981 avec l’écrivain Yves Gibeau, l’ auteur d’ « Allons z’ enfants ». C’était un homme qui a été toute sa vie bouleversé par la guerre, entre autre par le « Chemin des Dames », et qui a fini par le rejoindre physiquement à sa mort, en étant enterré dans le cimetière désaffecté d’un village détruit pendant la guerre. Ce travail sur le Chemin des Dames, je pensais le faire en 1995, après la mort de Gibeau, j'avais déjà emmagasiné beaucoup de choses, mais c'était en pleine guerre de Bosnie, cela a donc pris plus de temps. Et puis le projet a lentement évolué. J’étais devenu de fait le gardien de la maison de Gibeau, un ancien presbytère ; cette maison qui se meurt, sa bibliothèque qui s’abîme, son univers exposé aux visites par effraction et au passage du temps, ont donné une nouvelle dimension au projet. J’ai été comme rattrapé par mon sujet, ma vision du presbytère est devenu une sorte de vanité.. A chaque fois que vous ouvrez une porte, c'est une autre qui s'ouvre et vous pourriez y travailler une vie entière dessus. La photographie permet de converser avec les siècles, avec l'histoire.

Il y a des présences fortes qui traversent votre œuvre, des amitiés longues et fidèles, avec Gibeau, avec Rebeyrolle…
J'ai rencontré beaucoup d'artistes et d'écrivains car j'ai fait toute une série de portraits pendant 25 ans pour Le Monde : le dernier portrait de Nathalie Sarraute, celui de Louis-René des Forêts, les grands artistes américains. Il se trouve que quelque fois, on rencontre quelqu'un qui vous touche. J’essaie de vivre en dilettante, de prendre le temps d’apprendre de chaque personne rencontrée. Cela s'est passé avec Rebeyrolle, comme avec Gibeau ou Bernard Frank. Ces transmissions sont le fruit de relations de longues années, voire de décennies.
Je dirai finalement que le trait commun dans mes travaux, ce ne sont pas ces compagnonnages avec des artistes, des écrivains, (outre tous mes portraits) c'est très souvent l'absence qui caractérise bon nombre de mes photographies.

Vos photographies ont une plasticité très forte. Avec quels matériaux modelez-vous ainsi vos paysages ?
La photographie argentique vous permet, contrairement à ce que pensaient des peintres comme Delacroix – qui ont d’ailleurs vite révisé leur jugement – de traduire bien davantage que la réalité. Il y a une obsession chez les photographes, comme  chez les architectes ou chez les peintres, celle de la lumière, de l'espace, des premiers plans, des arrière plans. Ce que j'aime en photographie, c'est le plaisir d’imaginer comment un film peut réagir en fonction des matériaux que sont la lumière, les angles, la vitesse - que je choisis souvent un peu lente – et comment ces flous permettent de donner du corps à une image, prendre des distances avec l’exactitude de la représentation pour s’approcher de la justesse de la sensation du lieu. Tout est fait au moment de la prise de vue, y compris ces aplats de noirs, de blancs et de gris. Il y a très peu de hasard. C'est le portrait qui m'a appris à voir vite et à décider vite. Entre le lieu et le paysage que je réalise, ou la personne et  le portrait que j’en fais, il y a une espèce de digression qui se forme très rapidement dans mon esprit ; cet instinct, cette spontanéité me sont essentiels.

Édition limitée, numérotée et signée par l’artiste. 

Expositions et prix

J'avais posé le monde sur la table, Le Cellier, Reims, 2016
Au bord de l'ombre, Maison Européenne de la Photographie, Paris, 2015
RESONANCE du Chemin des Dames à Sarajevo, 2014
Géographie des apparences, Ecole d'architecture, Paris Val de Seine, 2012
Festival Photo'Med 2012, Sanary-sur-Mer, 2012
Paris République, Fnac, 2012
Washington, Ambassade de France, 2012
Palais du Tau, Reims, 2011
Paris-Sarajevo, Agnès b., Paris, Ouradour, 2010
Port des Champs Elysées, Paris, 2011
Ile Maurice, Centre Culturel Français, 2010
Espace Rebeyrolle, Eymoutiers, Caverne du Dragon, Musée du Chemin des Dames, 2008 - 2010
Galerie Soho China, Pekin, 2009
New York 972th, 5th Avenue, 2009
Galerie Nationale, Jakarta, 2009
Martin Gropius Bau, Berlin, 2007

Publications

République, Gérard Rondeau, Raphaëlle Bacqué, Seuil, 2011
La cathédrale de Reims, texte d'Auguste Rodin, RMN, 2011
Le bestiaire fantastique de la cathédrale de Reims, ArtLys, 2011
La Grande Rivière Marne, Dérives et inventaires, La Nuée Bleue, 2010
Chroniques d'un portraitiste, Seuil, 2006
Hors Cadre, RMN, 2005
Missions, Médecins (jusqu'au bout) du monde, Seuil, 2005
Les fantômes du Chemin des Dames, Le Presbytère d'Yves Gibeau, Seuil, 2003

Informations

& commande

Gérard Rondeau 
Sarajevo

1994

Informations techniques

Tirage fine art sur papier Ilford Gold Fibre Silk - édition limitée, certificat numéroté et signé par l'artiste.

Dimensions

34 x 50 cm, Édition de 100 350.00 €
 
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Cadre bois noir avec rehausse, verre X





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