Patrick Messina 

Mulholland Drive 

Mulholland Drive

À propos de l'artiste

Patrick Messina a photographié les superstructures de nos mégapoles, : échangeurs multivoies, parkings, supermarchés, avenues. Dans son objectif, ces espaces du superlatif semblent des modèles réduits où de petits hommes affairés évoluent sans but. Faites au gré des voyages du photographe, aux Etats-Unis, en Europe, en Asie – en marge de commandes nombreuses et régulières pour la presse ou la publicité – ces images ne sont pas des portraits de villes, mais plutôt l’esquisse d’une ville générique. Un peu partout mais vraiment nulle part, elle s’étend de Hong Kong à Los Angeles en passant par Londres, formant une toile urbaine uniforme qui recouvre à coups de shopping malls et de grands axes, tous les particularismes, plongeant son habitant dans un flou existentiel. Récemment, Patrick Messina a quitté les grands ensembles urbains, et pris la route vers la mer, et les grands espaces, avec toujours ça et là quelques présences humaines, silhouettes de gratte-ciels, plongeurs ou bateaux esseulés dans ces immensités.

Rencontre

Dans les années 1990, vous avez réalisé beaucoup de portraits pour la presse et puis vous vous êtes consacré davantage au paysage, notamment urbain. Qu’est-ce qui vous a décidé à prendre cette direction ?
Je faisais énormément de commandes de presse, quasiment tous les jours, essentiellement du portrait, j’avais besoin de m’aérer. Le magazine Les Inrocks faisait un numéro spécial New York. Ils ont envoyé quatre photographes, dont Raymond Depardon, Jérôme Brézillon et moi, pour y faire des portraits de la scène culturelle new-yorkaise.  J’étais logé dans un très bel hôtel avec vue plongeante sur Central Park. Immédiatement, j’ai été saisi par un sentiment vertigineux : dans cette grande ville, j’étais tout petit. J’ai tout de suite su que je voulais retranscrire photographiquement cette sensation de démesure entre l’homme et la ville.

De quelle façon la photographie vous a-t-elle permise de traduire cela ?

J’ai toujours utilisé une chambre photographique grand format. Cet appareil est constitué de deux corps, un corps arrière avec le verre de visée et un corps avant qui porte l’obturateur et l’objectif, et entre les deux, le soufflet. En basculant un des deux corps vous pouvez réduire la profondeur de champ et altérer la netteté de l’image. J’utilisais cette technique en portrait pour me concentrer uniquement sur le regard, tout le reste de la personne et son environnement se perdait dans le flou. Cet effet de bascule m’a paru tout de suite très approprié pour traduire ce bouleversement des valeurs d’échelle dans nos mégapoles. Appliqué à un environnement urbain, la bascule crée un effet de miniature.

Comme l’impression de regarder à la loupe un monde où évolue de petits êtres un peu perdus ?

C’est ce même sentiment dont traite si justement le film Lost in Translation de Sofia Coppola : que l’on soit à New York, Tokyo ou Sydney, c’est toujours un peu la même chose, on est un petit personnage perdu dans une grande ville. Je suis d’ailleurs allé dans cet hôtel où s’est tourné le film, j’y suis resté 15 jours, et c’est exactement ça. C’était une période où moi-même je voyageais non stop et j’ai ressenti ce même détachement, ce sentiment d’être dans un endroit magnifique et d’y être indifférent, que cela pourrait être n’importe où, à n’importe quel moment.

Une sorte de temps qui se dilate, comme la ville s’étend et se "générise" ?
Dans mes photos, j’essaie toujours de donner une image de ce visage générique des villes. Toutes les grandes villes se ressemblent de plus en plus, et les émotions que l’on ressent dans chacune s’uniformisent aussi.

Aujourd’hui vous avez pris vos distances avec cet effet de bascule ?

Je le pratique toujours, mais différemment. Au début, je l’accentuais pour travailler très directement sur les pertes d’échelle, maintenant j’essaie d’explorer cette idée de manière plus  subtile. J’utilise encore la bascule, elle est moins perceptible, mais l’étrangeté est toujours là.  
Dans cette photographie de Tampa par exemple, il y en a une légère, l’étrangeté est toujours perceptible.

Et c’est encore le rapport d’échelle entre deux extrêmes, l’immensité de l’océan et la petitesse des éléments au loin, que vous explorez là ?
Cette photographie de Tampa se situe à la jonction de mon travail sur l’urbain et d’une nouvelle série que je consacre aux mers, plus précisément aux caps, ces endroits où l’on est au bout du monde, de la civilisation, où commence autre chose, d’immense aussi, mais sans artefact et silencieux. C’est en quelque sorte le pendant du travail que j’ai mené jusqu’à maintenant. Cette image est à la jonction de ces deux territoires parce qu’il y a encore, dans l’arrière-plan, à l’horizon, une fine bande de terre, sur laquelle sont posés quelques petits bâtiments, qui sont en fait des gratte-ciels énormes. Ils se détachent très nettement, alors que le reste de l’image est cette mer qui bouge, un peu floutée par un très léger clapot. C’est intéressant de travailler sur cet élément en constant mouvement, avec des temps de pause assez longs, on peut jouer avec la matière.

Dans la photographie Mulholland Drive aussi il y a cet effet de bougé ?
Oui. Je voulais utiliser ma chambre photographique sans pied, à main levée, comme Weegee le faisait dans les rues de New York dans les années 30-40. Quand j’ai fait cette photo, je venais de voir le film de David Lynch, Mulholland Drive. J’ai eu envie de faire l’expérience de cette route la nuit, qui serpente le long des collines de Beverly Hills et retranscrire l’aura de mystère que dégage cet endroit, particulièrement pour celui qui a vu le film.

Édition limitée, numérotée et signée par l’artiste. 

Expositions et prix

France(s) territoire liquide, Tri Postal, Lille, 2014
Wayfering, Centre de photographie contemporaine GwinZegal, Guingamp, 2012
Portraits de ville, Click Gallery, New York, 2011
A Journey, galerie Philippe Chaume, Paris, 2010
Ma Petite Amérique, La Filature, Mulhouse, 2004
Ma Petite Amérique, chez Colette, 2003

Collection de la Société Générale

Résidence à Nantes, Le voyage à Nantes, 2011-2012. Direction artistique Le Bal
Résidence à Brest, Centre de photographie contemporaine GwinZegal, en cours

Publications

Wayfaring, éditions GwinZegal, 2013
Paris, Collection Portraits de Villes, éditions Be-Pôles
Courte échelle, Filigranes Editions, 2014

Informations

& commande

Patrick Messina 
Mulholland Drive

2002

Informations techniques

Tirage argento-numérique Lambda sur papier satiné - édition limitée, certificat numéroté et signé par l'artiste.

Dimensions

40 x 50 cm, Édition de 100 300.00 €
 
Ajouter un cadre (choix de l'artiste - autre choix, nous contacter)  

Cadre chêne brun foncé avec rehausse, verre X





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