Henk Wildschut 

Calais, France, Re-photographed, March 2009 

Calais, France, Re-photographed, March 2009

À propos de l'artiste

À l'heure où le photo-journalisme est en crise, Henk Wildschut est de ces photographes qui éclairent de nouvelles voies pour l'image documentaire. La profession de photographe documentaire a été fortement bouleversée au cours des quinze dernières années : les budgets alloués dans la presse aux commandes photographiques ont dramatiquement chuté, entraînant logiquement un nivellement des exigences de qualité. Si les conditions d'exercice ont changé, certains entreprennent d'en trouver de nouvelles. De façon significative, Henk Wildschut, et d'autres, utilise le terme de "self-assigned projects", pour désigner son cadre de travail ; non pas projets personnels mais projets commandés à soi-même. L'expression dit qu'il n'y a donc plus d'autres commanditaires que soi-même pour investir sur le contenu et qu'il faut bien se fixer un cadre, "se commander", pour assumer l'ampleur de projets tels que ceux menés par Wildschut au cours des dernières années. Le photographe hollandais parcourt l'Europe, entamant son périple par Calais et sa fameuse "jungle", à la rencontre des migrants et de leurs abris. Henk Wildschut photographie ces constructions de fortune de manière frontale. Toutes, à leurs manières, accumulent tissus, bâches et couvertures ; des superpositions hasardeuses faites au gré des trouvailles, comme autant de strates de l'histoire de chacun des migrants, tenant debout on ne sait trop comment, malgré tout.

Rencontre

Quel a été le point de départ de ce travail sur les immigrés et où vous a-t-il mené en Europe au fil des ans ?
Tout a démarré il y a 5 ans alors que je couvrais un tremblement de terre au Pakistan. Dans les campements, j’ai été fasciné par le besoin évident de domesticité, qui se manifestait dès les premiers jours suivant cet événement terrible. De petits jardins étaient aménagés autour des tentes et les gens décoraient les intérieurs de façon à les rendre plus proches d'un « chez eux ». C’est une image que les média ne montrent jamais quand ils traitent de tels désastres.
De retour en Hollande, je suis tombé sur un article qui parlait d’un campement illégal de Pakistanais, Somaliens et Afghans à Calais en France. Les habitants de ce camp avaient souvent parcouru des milliers de kilomètres avant de parvenir à Calais, le dernier rempart entre eux et la terre de leurs rêves, la Grande-Bretagne.
Une fois sur place, ces migrants construisent des abris de fortune pour se protéger pendant qu’ils attendent leur chance de faire la traversée finale.
Il est vite devenu très clair que cette expression de la nécessité première de vivre deviendrait le leitmotiv du projet documentaire que je commençais alors, fin 2005. Pour ce projet, je suis allé de nombreuses fois à Calais, à Dunkerque, dans le Sud de l’Espagne, Malte, Patras et en Italie, à la recherche de ces abris. Ils sont devenus pour moi un symbole de la complexité de ce problème de l’immigration illégale, un problème dans lequel la question de l’individu est facilement négligée.

Comment avez-vous choisi votre angle de vue face à cette situation complexe ?

En photographiant les abris de manière neutre, sans inclure leurs habitants dans le cadre, je donne au regardeur une vision autre de ce sujet. La composition de l’image permet une reconnaissance immédiate du sujet (on pense aux cabanes d’enfants) et permet dans le même temps de traiter plus en profondeur les questions de bien-être et d’inconfort des habitants de ces structures. C’est une diversion, ce que je veux portraiturer là indirectement, c'est le « visage » des hommes derrière ces abris, avec tous leurs espoirs et leurs désirs d’un futur meilleur.

Quelle est l’histoire derrière ces deux images présentées ici, toutes deux prises à Calais ?
En 2008, un certain nombre de photos de la série des abris ont été exposées au festival de photographie de Breda. Les images étaient imprimées sur de gigantesques bâches de 6 mètres par 9. Elles étaient si grandes qu’elles entretenaient une sorte de relation de confrontation avec l’architecture contemporaine de la place où elles étaient exposées. Après l’exposition, j’ai transporté ces grandes bâches jusqu’à Calais et les ai données aux immigrés. Ils les ont recyclés et construits avec elles de solides structures imperméables. Avant de donner les bâches, j’ai disposé l’une d’entre elles à l’endroit exacte où j’avais pris deux ans plus tôt l’image reproduite sur la bâche.

Cet abri pris en photo en 2006 existait-il toujours quand vous y êtes retourné en 2009 ?
Non, il a été détruit par la police un mois après que j'ai pris l'image en 2006. En fait, dans cette partie de la forêt ou de "la Jungle" comme elle est appelée, aucun abri n'est réapparu. Il y avait eu des plaintes des habitants de maisons voisines. La Jungle s'est donc déplacée de 200 mètres, vers le Nord.

En 2006 donc, vous photographiez cet abri. En 2009, l'abri disparu, vous photographiez son absence. Peut-on lire cette seconde image comme une métaphore du médium photographique : l'image comme seule preuve de ce qui fût une fois que toute trace a été évacuée par le temps (et les autorités) ?
Oui, clairement, je pense que cette image est à la fois un manifeste sur le médium et sur la situation des immigrés illégaux. La photographie est une preuve du problème existant, mais quelques minutes après sa prise, la situation peut être différente. C'est là toute la force et l'ambiguïté de la photographie. Elle vous rappelle aussi parfois des choses que vous préféreriez oublier. Dans la forêt, vous pouvez encore voir des traces de ces installations faites il y a quelques années, mais vous ne pourrez les déceler que si vous savez ce qui s'y est passé. J'ai replacé cette image, là où je l'avais prise, en souvenir de ces hommes que la forêt a abrités.

Édition limitée, numérotée et signée par l’artiste.

Expositions et prix

Food, VIV Jaarbeurs, Utrecht, Pays-Bas, 2014
Food, Kominek Gallery, Berlin, Allemagne, 2014
Our Daily Bread, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas, 2013
Shelter, Le Rayon Vert Galerie, Nantes, France, 2013
Shelter, Voies Off Galerie, Arles, France, 2013
Shelter, University of Eindhoven, Eindhoven, Pays-Bas, 2013
Solo, Jan Cunen Museum, Oss, Pays-Bas, 2013
Solo, Jan Cunen Museum, Oss, Pays-Bas, 2012
Waakzaam, Gemeente Archief, Amsterdam, 2012
Archivio Ricerca Visiva, Milan, 2011
Hamburg Book Festival, Deichtorhallen Photo Museum, Hambourg, 2011
EUNIC Summer Exhibition, Star Gallery, Londres, 2011
Simulaker gallery, fotopub festival, Novo Mesto, Slovénie, 2011
Si Fest festival, Savignano, 2011
Crisis, Kunsthal Rotterdam, 2011
Dutch Doc Award, Central Museum, Utrecht, 2011
Shelter, Atrium, La Haye, 2011
WATW , Guangzhou Museum of Fine Arts, Guangzhou, Chine, 2010
Kraambezoek, De Kamers, Amersfoort, 2008
Shelters, BredaPhoto festival, Breda, 2008

Shelter, Meilleur livre photo néerlandais, Prix Kees Scherer, 2009 & 2010
Shelter, Prix Dutch dock, 2010

Publications

Shelter, Post Editions, 2010
A’DAM DOCk, avec Raimond Wouda, By The Way, 2006
Sandrien, avec Raimond Wouda, By the Way, 2003

Informations

& commande

Henk Wildschut 
Calais, France, Re-photographed, March 2009

2009

Informations techniques

Tirage sur papier Hahnemühle FineArt Baryta - édition limitée, certificat numéroté et signé par l'artiste.

Dimensions

30 x 38 cm, Édition de 100 250.00 €
 
Ajouter un cadre (choix de l'artiste - autre choix, nous contacter)  

Caisse américaine chêne teinté brun foncé X





Du même artiste

Henk Wildschut


Du même curator